Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT/ESPT)
Guide complet sur le TSPT : criteres DSM-5, traitements valides et accompagnement
En un coup d'oeil
Nature : Trouble psychiatrique qui peut se developper apres une exposition directe ou indirecte a un evenement traumatisant (mort, menace vitale, violence sexuelle, catastrophe). Reconnu dans le DSM-5 (2013) dans un chapitre dedie aux troubles lies au trauma.
4 clusters : Intrusion (flashbacks, cauchemars), Evitement (pensees et rappels externes), Alterations cognitives/emotionnelles (croyances negatives, detachement), Hyperactivation (hypervigilance, sursauts, insomnie).
Prevalence : 7 a 8% de la population au cours de la vie. Les femmes sont 2 fois plus touchees que les hommes. Score clinique PCL-5 superieur ou egal a 33/80 (Bovin et al. 2016).
Traitements : EMDR (recommande par l\'OMS), Prolonged Exposure (PE), Cognitive Processing Therapy (CPT), ISRS/IRSN en complement. Des therapies validees existent avec des taux de remission eleves.
Definition et criteres du TSPT
Qu'est-ce que le Trouble de Stress Post-Traumatique ?
Le Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT), egalement appele ESPT (Etat de Stress Post-Traumatique) ou PTSD (Post-Traumatic Stress Disorder), est un trouble psychiatrique qui peut se developper suite a l'exposition a un evenement traumatisant impliquant une mort reelle ou menacante, une blessure grave, ou une violence sexuelle. Il se caracterise par quatre clusters symptomatiques persistants pendant plus d'un mois, generant une detresse cliniquement significative ou une alteration du fonctionnement. Depuis le DSM-5 (2013), il est classe dans un chapitre distinct : "Troubles lies aux traumatismes et aux facteurs de stress" - ce qui souligne qu'il ne s'agit pas d'un trouble anxieux ordinaire, mais d'une reponse specifique au trauma.
Cluster B : Intrusion
- Souvenirs involontaires et repetes de l'evenement
- Cauchemars recurrents lies au trauma
- Flashbacks dissociatifs (revivre l'evenement)
- Detresse psychologique intense aux rappels
- Reactions physiologiques (palpitations, sueurs) aux rappels
Cluster C : Evitement
- Evitement des pensees ou sentiments lies au trauma
- Evitement des rappels externes (lieux, personnes, activites)
- Evitement de toute conversation sur l'evenement
Cluster D : Alterations cognitives et emotionnelles
- Amnésie partielle de l'evenement traumatisant
- Croyances negatives persistantes sur soi ou le monde
- Blame de soi ou d'autrui de facon persistante et erronee
- Emotions negatives persistantes (honte, colere, culpabilite)
- Perte d'interet pour les activites importantes
- Sentiment de detachement des autres
- Incapacite persistante a eprouver des emotions positives
Cluster E : Hyperactivation
- Irritabilite ou acces de colere
- Comportements imprudents ou autodestructeurs
- Hypervigilance permanente
- Sursauts excessifs (hyperekplexie)
- Difficultes de concentration
- Troubles du sommeil (endormissement, maintien)
Criteres de duree et de contexte
- Duree minimale : 1 mois (avant : trouble stress aigu)
- Impact fonctionnel significatif (social, professionnel)
- Non imputable a une substance ou condition medicale
- Code DSM-5 : 309.81 (F43.10)
TSPT complexe (TSPT-C / CIM-11)
- Reconnu dans la CIM-11 (2018) : traumatismes repetes
- Troubles de la regulation emotionnelle
- Image de soi tres negative et persistante
- Difficultes relationnelles severes
- Frequents dans les violences chroniques, abus dans l'enfance
Histoire et decouverte du TSPT
La "Nostalgie" des soldats suisses
Le medecin suisse Johannes Hofer decrit la "Nostalgie" chez les mercenaires suisses eloignes de leur pays : cauchemars, tristesse envahissante, incapacite au travail. Premier concept medical proche du TSPT dans la litterature occidentale.
Premiere descriptionCharcot et l'"hysterie traumatique"
Jean-Martin Charcot decrit a la Salpetriere l'"hysterie traumatique" chez des patients ayant subi des accidents ou des chocs violents. Ses eleves Freud et Janet approfondiront ces travaux. Premier cadre clinique europeen pour les reactions post-traumatiques.
Formalisation cliniqueLe "shell shock" et Craiglockhart
Le Dr. W.H.R. Rivers traite les soldats souffrant de "shell shock" a l'hopital de Craiglockhart (Ecosse), parmi lesquels les poetes Wilfred Owen et Siegfried Sassoon. Premiere prise en charge systematique des traumatises de guerre, basee sur la parole et l'evocation progressive des souvenirs.
Premiere prise en chargeKardiner : "The Traumatic Neuroses of War"
Abram Kardiner publie la premiere etude systematique des nevroses traumatiques de guerre. Il decrit avec precision les cauchemars, l'hypervigilance, les reactions de sursaut et la constriction emotionnelle. Son travail posera les bases conceptuelles du futur TSPT.
Reference theorique fondatriceCreation du PTSD dans le DSM-III
Le DSM-III introduit pour la premiere fois le "Post-Traumatic Stress Disorder" comme diagnostic psychiatrique officiel. Ce consensus est le resultat du lobbying des veterans du Vietnam et des mouvements feministes (pour les victimes de viol et de violences conjugales). Une victoire politique et scientifique majeure.
Reconnaissance officielleDSM-IV : affinement des criteres
Le DSM-IV affine les criteres, distingue le TSPT aigu du chronique, et introduit la notion de "stress intense" subjectif au moment du trauma. Judith Herman contribue a faire reconnaitre le TSPT complexe (non encore dans le DSM, mais dans la CIM-11 de 2018).
Evolution conceptuelleDSM-5 : nouveau chapitre dedie
Le DSM-5 sort le TSPT du chapitre "Troubles anxieux" et cree un chapitre dedie : "Troubles lies aux traumatismes et aux facteurs de stress". Les criteres sont restructures en 4 clusters (B, C, D, E). Un sous-type dissociatif est reconnu. Les criteres enfants de moins de 6 ans sont specifies.
Reference actuelleCIM-11 : reconnaissance du TSPT complexe
La CIM-11 (OMS, 2018) distingue officiellement le TSPT du TSPT complexe (CPTSD). Le TSPT complexe se caracterise par des perturbations de la regulation emotionnelle, de l'identite et des relations, resultant de traumatismes chroniques ou repetes (abus dans l'enfance, torture, violences conjugales prolongees).
Extension internationalePersonnalites et figures emblematiques du TSPT
Des personnalites historiques et contemporaines ont temoigne publiquement de leur vie avec un TSPT, contribuant a destigmatiser ce trouble. Leur parcours illustre que le TSPT peut survenir a tout age, dans tout contexte, et que des traitements efficaces existent.
Figures emblematiques du TSPT
Wilfred Owen
Poete britannique (1893-1918)
Virginia Woolf
Ecrivaine britannique (1882-1941)
Elie Wiesel
Ecrivain, survivant de l'Holocauste (1928-2016)
Audie Murphy
Soldat americain, acteur (1925-1971)
Lady Gaga
Chanteuse, actrice, militante
Ariana Grande
Chanteuse, productrice
Prince Harry
Duc de Sussex, militant sante mentale
Oprah Winfrey
Animatrice, productrice, philanthrope
Brendan Fraser
Acteur
Alanis Morissette
Chanteuse, compositrice, therapiste
Manifestations cliniques du TSPT
Le TSPT se manifeste a travers quatre clusters symptomatiques definis par le DSM-5. Leur intensite varie selon les individus, le type de trauma, la duree d'exposition et les ressources disponibles. Les manifestations sont la reponse normale d'un cerveau expose a un evenement anormal.
Cluster B : Symptomes d'Intrusion
Le trauma "revient" de facon involontaire sous differentes formes. Le cerveau n'a pas pu "integrer" l'evenement, qui reste "colle" dans la memoire traumatique a l'etat brut.
Souvenirs intrusifs
- Souvenirs repetitifs et involontaires de l'evenement
- Images, odeurs, sons qui surgissent sans prevenir
- Impression de "revoir" la scene de facon vivide
- Impossible a controler ou a faire cesser
Flashbacks et cauchemars
- Flashbacks dissociatifs : sentiment de revivre l'evenement
- Perte de contact avec le present pendant le flashback
- Cauchemars recurrents (contenu exact ou thematique)
- Detresse physiologique : tachycardie, hyperventilation aux rappels
Cluster C : Evitement
La personne evite tout ce qui pourrait declencher un souvenir du trauma. Cet evitement est protecteur a court terme, mais il maintient le trouble et reduit progressivement l'espace de vie.
Evitement interne
- Effort pour ne pas penser au trauma
- Evitement des sentiments ou emotions associes
- Suppression active des souvenirs traumatiques
- Dissociation comme mecanisme d'evitement
Evitement externe
- Evitement des lieux associes au trauma
- Evitement des personnes liees a l'evenement
- Evitement des activites, conversations, medias
- Retrait progressif de la vie sociale
Cluster D : Alterations cognitives et emotionnelles
Le trauma modifie profondement la facon de se percevoir soi-meme et le monde. Ces "stuck points" (points bloques) sont au coeur de la therapie cognitive du TSPT.
Distorsions cognitives
- Croyances negatives sur soi ("je suis mauvais", "c'est ma faute")
- Croyances negatives sur le monde ("nulle part n'est sur")
- Amnésie partielle de l'evenement
- Culpabilite ou blame de soi persistant et errone
Alterations emotionnelles
- Honte, peur, horreur, colere persistantes
- Perte d'interet pour les activites importantes
- Sentiment de detachement des autres (engourdissement)
- Incapacite persistante a eprouver des emotions positives (bonheur, amour)
Cluster E : Hyperactivation
Le systeme nerveux reste en etat d'alerte maximal, comme si la menace etait toujours presente. Bessel van der Kolk decrit cela comme un "systeme d'alarme interne qui ne s'eteint plus".
Reactivite physiologique
- Hypervigilance : scanner l'environnement en permanence
- Sursauts excessifs aux stimuli (bruits, mouvements)
- Difficultés d'endormissement ou de maintien du sommeil
- Tensions musculaires chroniques
Dysregulation comportementale
- Irritabilite, acces de colere disproportionnes
- Comportements imprudents ou autodestructeurs
- Difficultes de concentration (intrusions, vigilance)
- Conduites a risque (vitesse, alcool, sexualite risquee)
Differences entre hommes et femmes dans le TSPT
TSPT chez les hommes
Manifestations typiques :
- Prevalence vie entiere : environ 5% (deux fois moins que les femmes)
- Traumas les plus frequents : accidents, combats, violences physiques graves
- Tendance a l'exteriorisation : irritabilite, colere, comportements risques
- Consommation de substances comme automédication frequente
- Sous-diagnostic important : stigmatisation, refus d'aide et minimisation des symptomes
- Presentation avec conduites d'evitement actif (surmenage, sport intensif)
Le TSPT chez les hommes est frequemment meconnu car les symptomes d'hyperactivation (colere, impulsivite) sont souvent attribues a d'autres causes. L'initiative "Heads Together" du Prince Harry a contribue a briser ce tabou.
TSPT chez les femmes
Manifestations typiques :
- Prevalence vie entiere : 10 a 12% (2 fois plus que les hommes)
- Traumas les plus frequents : violences sexuelles, violences conjugales, abus dans l'enfance
- Symptomes d'intrusion plus intenses et plus frequents
- Dissociation plus frequente, notamment dans les TSPT complexes
- Presentation internalisant : honte, culpabilite, depression, anxiete
- Recours a l'aide psychologique plus eleve, diagnostic plus frequent
La sur-exposition des femmes aux violences sexuelles explique en grande partie l'ecart de prevalence. Le Dr. Muriel Salmona et le Dr. Judith Herman ont chacune contribue a la reconnaissance du trauma des victimes de violences de genre.
Evolution du TSPT selon l'age
TSPT chez les tres jeunes enfants (0-6 ans)
Le DSM-5 propose des criteres specifiques pour les enfants de moins de 6 ans, adaptant les manifestations au developpement.
Manifestations specifiques :
- Jeux traumatiques repetitifs rejoueant le trauma
- Cauchemars recurrents sans contenu traumatique specifique identifiable
- Episodes dissociatifs specifiques a l'enfance (regard vide, absence)
- Regression developpemental : enuresie, succion, agrippage au parent
- Evitement des personnes, lieux ou activites associes au trauma
- Hyperactivite et comportements agites (difficile a distinguer du TDAH)
TSPT a l'age scolaire (6-12 ans)
Manifestations specifiques :
- Distorsions temporelles dans le recit du trauma ("ca ne s'est pas passe dans cet ordre")
- Omens traumatiques : conviction d'avoir "vu des signes" avant l'evenement
- Comportements de reenactment dans les jeux, les dessins, les recits
- Difficultes scolaires liees aux intrusions et a l'hypervigilance
- Plaintes somatiques frequentes (maux de ventre, de tete) sans cause organique
- Culpabilite du survivant, surtout si d'autres ont ete blesses
TSPT a l'adolescence (12-18 ans)
Manifestations specifiques :
- Presentation proche des adultes mais avec specificites
- Comportements a risque importants (drogues, sexualite non protegee, vitesse)
- Scarification et automutilation comme regulation emotionnelle
- Trouble des conduites difficile a distinguer du TSPT
- Retrait social, perte d'ambitions scolaires et de projets d'avenir
- Abus de substances comme automédication precoce et frequente
TSPT a l'age adulte et chez les seniors
Manifestations a l'age adulte :
- Presentation classique des 4 clusters (intrusion, evitement, cognitions, hyperactivation)
- Impact sur le fonctionnement professionnel et les relations
- Depression, addictions et douleurs chroniques frequemment associees
- Chez les veterans : presentation souvent retardee (mois ou annees apres le retour)
- Chez les seniors : symptomes souvent confondus avec depression ou trouble cognitif
- Traumas anciens reactives par des pertes recentes (deuil, maladie, retraite)
Processus d'evaluation pluridisciplinaire
Depistage initial (questionnaire standardise)
Le pré-dépistage repose sur des outils valides : PCL-5 (20 items, score >=33), PC-PTSD-5 (5 questions de screening), ou le questionnaire Atypikia. Ces outils ne remplacent pas l'evaluation clinique mais orientent vers un professionnel specialise.
Consultation avec un medecin ou psychiatre
Le medecin generaliste ou le psychiatre etablit l'anamnese complete, recherche les criteres DSM-5, elimine les causes organiques (neurologie, thyroide), et evalue les comorbidites (depression, addictions, douleurs). Une ordonnance pour ISRS/IRSN peut etre initiee a ce stade.
Evaluation psychologique specialisee
Un psychologue ou psychotraumatologue realise une evaluation approfondie avec des outils cliniques : CAPS-5 (interview structuree de reference), DES-II (echelle de dissociation), DERS (regulation emotionnelle). L'evaluation precise le type de trauma, la chronologie, le retentissement fonctionnel.
Evaluation du retentissement global et plan therapeutique
L'equipe (psychiatre, psychologue, medecin traitant) etablit un plan therapeutique individualise : psychotherapie (EMDR, CPT, PE), traitement pharmacologique si indique, soutien social, et objectifs de suivi. Le TSPT complexe necessite une approche par phases.
Comorbidites frequentes du TSPT
Depression majeure
50% des cas de TSPT
La depression est la comorbidite la plus frequente du TSPT. Lien bidirectionnel : le trauma provoque la depression, et la depression entretient le TSPT. Les deux troubles partagent des symptomes (anhedonie, evitement, troubles du sommeil) et necessitent une prise en charge conjointe.
Troubles anxieux
30-40% des cas
Le trouble panique, la phobie sociale et le trouble anxieux generalise sont frequemment associes au TSPT. L'hypervigilance et les reactions de sursaut peuvent amplifier ces troubles. Pour en savoir plus : guide complet des troubles anxieux.
TDI (Trouble Dissociatif de l'Identite)
Lien etiologique fort
Le trauma sevère et répété dans l'enfance est le principal facteur etiologique du TDI. TSPT et TDI partagent la dissociation comme mecanisme central. Un TSPT non traite peut evoluer vers un TSPT complexe avec composante dissociative importante. En savoir plus sur le TDI.
Addictions (alcool, substances)
30-50% des cas
Les substances psychoactives sont frequemment utilisees pour "auto-mediquer" les symptomes du TSPT : alcool pour l'hyperactivation et l'insomnie, cannabis pour les intru sions et l'anxiete. Cette comorbidite complique la prise en charge et necessite un traitement simultane des deux troubles.
Douleurs chroniques
50% de co-occurrence
Le TSPT et les douleurs chroniques (fibromyalgie, douleurs pelviennes, cephalees) sont fortement lies. Bessel van der Kolk a montre que le trauma "se loge dans le corps". Le stress post-traumatique entretient la douleur par dysregulation neuroviscérale. Des therapies somatiques sont indiquees.
Dissociation (hors TDI)
Continuum frequent
Depersonnalisation (se sentir detache de soi), derealisation (le monde parait irreel), amnésies partielles et engourdissement emotionnel sont frequents dans le TSPT. Le DSM-5 reconnait un sous-type dissociatif du TSPT. La dissociation severe oriente vers une evaluation TDI.
Chercheurs et experts reconnus
Ces quatre cliniciens-chercheurs ont transforme notre comprehension du TSPT et developpe les traitements de reference utilises aujourd'hui dans le monde entier.
Dr. Muriel Salmona
Psychiatre, psychotraumatologueAssociation Memoire Traumatique et Victimologie (fondatrice)
Auteure de "Le livre noir des violences sexuelles" (2013), theoricienne du syndrome traumatique en France, formation des professionnels de sante et de justice sur le trauma
Dr. Bessel van der Kolk
Professeur de psychiatrieBoston University School of Medicine - Trauma Center
Auteur de "Le corps n'oublie rien" (2014), fondateur du Trauma Research Foundation, pionnier de l'etude des effets neurologiques du trauma
Dr. Judith Herman
Professeure de psychiatrie cliniqueHarvard Medical School - Cambridge Health Alliance
Auteure de "Trauma and Recovery" (1992), co-conceptrice du TSPT complexe (TSPT-C), militante pour la reconnaissance des traumatismes lies aux violences
Dr. Edna Foa
Professeure de psychologie cliniqueUniversity of Pennsylvania - Penn Medicine
Creatrice de la Prolonged Exposure therapy (PE), co-auteure du PCL-5, plus de 400 publications sur le TSPT, reference mondiale en TCC du trauma
Accompagnement et soutien
Psychotherapies recommandees (niveau 1)
- EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) : Recommande par l'OMS depuis 2013. Retraitement du souvenir traumatique via des mouvements oculaires bilateraux. 6 a 12 seances generalement suffisantes pour un trauma simple. Developpee par Francine Shapiro (1989).
- CPT (Cognitive Processing Therapy) : TCC specifique TSPT developpee par Patricia Resick. Travail sur les "stuck points" (cognitions bloquees : blame de soi, monde dangereux, manque de confiance). 12 seances structurees.
- PE (Prolonged Exposure) : Developpee par Edna Foa. Exposition progressive in vivo et en imagination aux rappels traumatiques. Technique la plus validee empiriquement. 8 a 15 seances.
- Therapie narrative d'exposition (NET) : Particulierement efficace pour les traumas complexes et multiples (refugies, survivants de conflits). Recontextualisation de la biographie traumatique dans un recit coherent.
- Therapie sensorimotrice / therapies somatiques : Approches corporelles (Somatic Experiencing de Peter Levine) pour le trauma "stocke dans le corps". Indiquees quand le trauma est trop intense pour une approche directe.
Approches pharmacologiques
- ISRS (Inhibiteurs Selectifs de la Recapture de Serotonine) : Sertraline (Zoloft) et Paroxetine (Deroxat/Paxil) sont les deux molecules ayant l'AMM FDA pour le TSPT. Utilisees en complement de la psychotherapie, pas en remplacement. Delai d'action : 4 a 6 semaines.
- IRSN : Venlafaxine (Effexor) a montre une efficacite equivalente aux ISRS dans plusieurs etudes. Frequemment prescrite hors AMM TSPT.
- Prazosin : Alpha-bloquant utilise pour les cauchemars traumatiques. Efficacite documentee dans plusieurs essais cliniques chez les veterans.
- Anxiolytiques : Les benzodiazepines sont deconseillees dans le TSPT (dependance, masquage des symptomes, interference avec le retraitement en EMDR/PE). A eviter sauf urgence ponctuelle.
- MDMA-assistee (recherche) : Des essais de phase 3 (MAPS) ont montre des taux de remission inedits avec MDMA en complement de la psychotherapie. Pas encore accessible en France mais resultats prometteurs.
Soutien de l'entourage
- Comprendre sans minimiser : Ne pas dire "c'est du passe, oublie" ou "tu dramatises". Les symptomes sont reels et invalidants. Le trauma modifie le cerveau de facon mesurable.
- Respecter les limites et les evitements : L'evitement est une defense, pas une caprice. Forcer le contact avec les rappels peut declencher un flashback. Avancer a la vitesse de la personne.
- Identifier les declencheurs : Aider la personne a reperer ses "triggers" (sons, odeurs, situations) pour mieux les gerer ensemble au quotidien.
- Soutenir sans se substituer : Etre present sans prendre en charge la guerison. Encourager la prise en charge professionnelle sans se substituer au therapeute.
- Prendre soin de soi : Les proches de personnes avec TSPT peuvent developper un trauma vicariant. Des groupes de soutien pour proches existent (psytraumatologie.fr).
- Groupes de soutien : Particulierement efficaces pour les veterans (Croix Bleue des Militaires) et les victimes de violences sexuelles (Face au TSPT, INAVEM).
Ressources et urgences
- 3114 - Numero national de prevention du suicide : Disponible 24h/24, 7j/7. Pour toute personne en crise ou son entourage. Equipes formees aux traumas.
- 3919 - Violences Femmes Info : Pour les victimes de violences conjugales ou sexuelles. Disponible 24h/24.
- psytraumatologie.fr : Annuaire des psychotraumatologues formes (EMDR, CPT, PE) en France. Maintenu par l'AFPT (Association Francophone de Psychotraumatologie).
- memoiretraumatique.org : Site du Dr. Muriel Salmona. Ressources sur le syndrome traumatique, annuaire specialiste, formations.
- INAVEM / France Victimes : Reseau d'aide aux victimes d'infractions penales. Soutien juridique et psychologique. Numero : 116 006.
- Croix Bleue des Militaires : Soutien specifique aux veterans et militaires presentant un TSPT lie au combat.
Consulter un specialiste
Pourquoi consulter ?
Le TSPT ne guerit pas spontanement dans la grande majorite des cas. Les symptomes peuvent persister des mois ou des annees sans traitement, et s'aggraver avec les annees. Des traitements efficaces existent avec des taux de remission eleves : l'EMDR et la Prolonged Exposure permettent la remission dans 60 a 80% des cas traites. Consulter est un acte de soin, pas un aveu de faiblesse.
Psychotraumatologue
Professionnel (psychologue ou psychiatre) specifiquement forme aux traumatismes et aux therapies evidence-based (EMDR, CPT, PE). C'est le specialiste de reference pour le TSPT. Annuaire : psytraumatologie.fr
Psychiatre
Medecin specialiste qui peut evaluer le TSPT et ses comorbidites, prescrire des traitements medicamenteux (ISRS, IRSN), et orienter vers une psychotherapie adaptee. Consultation en cabinet ou en CMP (gratuit).
Psychologue clinicien
Psychologue (master ou doctorat) forme aux psychotherapies du trauma. Ne prescrit pas de medicaments mais peut realiser l'evaluation complete et les psychotherapies de reference.
Medecin generaliste
Premier interlocuteur accessible. Peut faire un premier depistage, orienter vers le specialiste adapte, et initier un traitement medicamenteux si necessaire. Indispensable pour le suivi global.
Prendre rendez-vous
Conseils pour la consultation
Preparez votre visite
- Notez les evenements traumatisants (date approximative, contexte)
- Listez vos symptomes principaux et leur frequence
- Notez les situations qui declenchent des reactions
- Preparez votre historique medical et les traitements en cours
Delais d'attente estimatifs
- Psychotraumatologue prive : 1 a 3 mois
- Psychiatre prive : 2 a 6 mois
- CMP (Centre Medico-Psychologique) : 1 a 6 mois (gratuit)
- Medecin generaliste : sous 1 semaine (point d'entree)
Couts et remboursement
- Psychiatre : secteur 1 remboursé SS, secteur 2 depassement
- Psychologue : dispositif MonPsy (8 seances, sur prescription)
- CMP : consultation gratuite pour les residents
- ALD (Affection Longue Duree) : possible si TSPT invalidant chronique
Documents a apporter
- Carte Vitale et mutuelle
- Courrier du medecin traitant si disponible
- Resultats PCL-5 ou questionnaire Atypikia
- Liste des medicaments en cours (psychotropes, antidouleurs)