AuDHD — Quand TDAH et Autisme coexistent
Comprendre le double profil TDAH + TSA : interactions, diagnostic, accompagnement et vécu quotidien
En un coup d'oeil
Nature : Co-occurrence du TDAH et du TSA chez une même personne. Terme communautaire, pas un diagnostic officiel distinct.
Prévalence : 50 à 70 % des personnes autistes présentent aussi un TDAH. 20 à 50 % des personnes TDAH sont aussi autistes.
Le paradoxe central : Le TSA recherche la routine et la prévisibilité, le TDAH recherche la nouveauté et la stimulation. Cette tension interne définit le vécu AuDHD.
Diagnostic : Possible depuis le DSM-5 (2013). Auparavant, les deux diagnostics s'excluaient mutuellement, laissant des générations entières sans reconnaissance.
Définition et cadre clinique
Qu'est-ce que l'AuDHD ?
AuDHD (contraction de Autism + ADHD) désigne le profil des personnes présentant simultanément un Trouble du Spectre Autistique (TSA) et un Trouble du Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH). Ce n'est pas un diagnostic officiel dans le DSM-5-TR ou la CIM-11, mais un terme communautaire largement adopté pour décrire une réalité clinique de plus en plus reconnue par la recherche.
La particularité de ce double profil réside dans l'interaction entre les deux conditions : les traits autistiques et TDAH ne se superposent pas simplement — ils se modulent, se masquent et se renforcent mutuellement, créant une expérience qualitativement différente de celle de chaque trouble isolé.
Précision importante
L'AuDHD n'est pas un "nouveau trouble". C'est la reconnaissance tardive que TDAH et autisme coexistent fréquemment. Avant le DSM-5 (2013), il était interdit de poser les deux diagnostics simultanément — une règle d'exclusion qui a privé des millions de personnes d'une compréhension complète de leur fonctionnement.
Ce que le TSA apporte
- Besoin de routine et de prévisibilité
- Intérêts profonds et spécialisés
- Sensibilité sensorielle (hyper ou hypo)
- Pensée systématique et analytique
- Difficultés de communication sociale implicite
Ce que le TDAH apporte
- Recherche constante de nouveauté et stimulation
- Difficulté à maintenir l'attention (sauf hyperfocus)
- Impulsivité et impatience
- Dysrégulation émotionnelle
- Difficultés d'organisation et procrastination
Ce que l'interaction crée
- Le conflit interne permanent : besoin de routine vs besoin de nouveauté
- L'hyperfocus amplifié : intérêts spéciaux + hyperfocus TDAH = immersion totale
- Le masking renforcé : l'un compense les signes visibles de l'autre
- L'épuisement accéléré : double charge cognitive permanente
- La dysrégulation sensorielle complexe : stimulation recherchée ET subie
Histoire et reconnaissance de l'AuDHD
La règle d'exclusion
Le DSM-III introduit une règle formelle : si un diagnostic de Trouble Envahissant du Développement (TED, ancêtre du TSA) est posé, le TDAH ne peut pas être diagnostiqué en parallèle. Cette règle repose sur l'idée que l'inattention observée chez les autistes est un symptôme de l'autisme, pas un trouble distinct.
Exclusion mutuelleLes premières recherches
Des cliniciens et chercheurs commencent à publier des études montrant que les symptômes de TDAH chez les autistes ne sont pas réductibles à l'autisme seul. Les travaux de Hattori et al. (2006) et Sinzig et al. (2009) démontrent des profils neuropsychologiques distincts.
Premières preuvesLe DSM-5 lève l'exclusion
Changement historique : le DSM-5 supprime la règle d'exclusion mutuelle TDAH/TSA. Pour la première fois, un clinicien peut officiellement poser les deux diagnostics chez la même personne. C'est une révolution pour des millions de personnes jusque-là partiellement diagnostiquées.
Reconnaissance officielleL'explosion de la recherche
Les publications sur la co-occurrence TDAH+TSA explosent. Rommelse et al. (2017) proposent un modèle de continuum partagé. Lai et al. (2019) démontrent les interactions complexes entre les deux conditions. La CIM-11 (2019) s'aligne sur le DSM-5 en autorisant le double diagnostic.
Explosion scientifiqueLe terme "AuDHD" émerge
La communauté neuroatypique, notamment sur TikTok, Reddit et Twitter, adopte massivement le terme "AuDHD" pour nommer son vécu. Le terme passe rapidement du slang communautaire à la littérature de vulgarisation, puis commence à apparaître dans des contextes cliniques.
Terme communautaireVers une compréhension intégrée
La recherche se concentre désormais sur le profil AuDHD comme une entité distincte, pas simplement la somme de deux troubles. Des études de neuroimagerie et de génétique montrent des chevauchements mais aussi des spécificités propres au double profil.
Recherche intégréeVisages de l'AuDHD
Le double diagnostic TDAH + autisme est encore récent (possible seulement depuis 2013). Peu de personnalités publiques ont ouvertement partagé ce double profil — une réalité qui reflète le retard historique de reconnaissance. Voici celles et ceux qui ont contribué à la visibilité de l'AuDHD.
Personnalités AuDHD
Hannah Gadsby
Humoriste australienne — Nanette (Netflix)
Fern Brady
Humoriste, autrice de Strong Female Character
Melanie Sykes
Animatrice TV britannique — diagnostiquée à 49 ans
Dara McAnulty
Naturaliste, auteur primé — Diary of a Young Naturalist
Pourquoi si peu de personnalités connues ?
Le double diagnostic TDAH + TSA n'est possible que depuis 2013. Avant cela, une personne ne pouvait recevoir qu'un seul des deux diagnostics. Conséquence : des générations entières de personnes AuDHD n'ont jamais été identifiées comme telles. La visibilité de ce profil augmente rapidement à mesure que les diagnostics tardifs se multiplient — attendez-vous à voir cette liste s'allonger dans les prochaines années.
Le paradoxe AuDHD au quotidien
La clé pour comprendre l'AuDHD
Le profil AuDHD ne se résume pas à "TDAH + autisme". L'interaction entre les deux crée des paradoxes internes permanents que ni l'un ni l'autre des troubles, pris isolément, ne peut expliquer. C'est cette tension qui définit le vécu AuDHD.
Les conflits internes permanents
Chaque jour, la personne AuDHD navigue entre des besoins contradictoires. Ce n'est pas de l'indécision — c'est deux systèmes neurologiques qui tirent dans des directions opposées.
Routine vs Nouveauté
- TSA : besoin vital de routine, d'horaires fixes, de prévisibilité
- TDAH : ennui rapide, recherche de stimulation, besoin de changement
- Résultat : la personne crée des routines… puis les casse. Se sent coupable des deux côtés
- Alternance entre périodes hyper-structurées et chaos total
Hyperfocus vs Inattention
- TSA : intérêts spéciaux profonds, absorption totale dans un sujet
- TDAH : attention volage, passage rapide d'un sujet à l'autre
- Résultat : hyperfocus extrêmement intense… mais imprévisible et incontrôlable
- Peut passer 12h sur un sujet puis l'abandonner complètement le lendemain
Perfectionnisme vs Procrastination
- TSA : standards élevés, besoin que tout soit "correct", pensée en tout-ou-rien
- TDAH : difficulté à initier les tâches, paralysie décisionnelle
- Résultat : incapacité à commencer parce que "ce ne sera pas parfait"
- Le perfectionnisme autistique alimente la procrastination TDAH (et inversement)
Besoin social vs Épuisement social
- TDAH : recherche de stimulation sociale, impulsivité dans les échanges
- TSA : fatigue sociale rapide, difficulté avec les codes implicites
- Résultat : envie intense de voir du monde, suivie d'un besoin urgent de solitude
- Cycle d'engagement enthousiaste → retrait brutal → culpabilité
Le masking croisé : pourquoi l'AuDHD est si difficile à détecter
Un phénomène unique au profil AuDHD : chaque trouble masque les manifestations visibles de l'autre, rendant les deux moins détectables.
Le TDAH masque l'autisme
- L'impulsivité sociale TDAH donne une apparence de sociabilité "normale"
- La recherche de nouveauté TDAH cache la rigidité autistique
- L'hyperactivité TDAH est confondue avec de l'expressivité sociale
- Résultat : "Il/elle ne peut pas être autiste, il/elle est trop sociable/spontanée"
L'autisme masque le TDAH
- Les intérêts spéciaux autistiques ressemblent à de la "bonne concentration"
- Les routines autistiques compensent le chaos organisationnel TDAH
- Le masking social autistique produit un comportement "adapté" en surface
- Résultat : "Il/elle ne peut pas avoir un TDAH, il/elle est capable de se concentrer des heures"
La complexité sensorielle AuDHD
Le profil sensoriel AuDHD est particulièrement complexe : la personne peut simultanément rechercher et fuir les stimulations sensorielles.
Le paradoxe sensoriel
- TSA : hypersensibilité (lumière, bruit, textures) → besoin de calme
- TDAH : sous-stimulation chronique → recherche active de stimulation
- La même personne peut mettre de la musique forte pour se stimuler… puis craquer à cause du bruit
- Le seuil de tolérance sensorielle varie selon le niveau de fatigue et de stress
Le stim (autostimulation)
- Le stimming autistique (mouvements répétitifs) est amplifié par le besoin de mouvement TDAH
- Stimming discret en public (jambe qui bouge, manipulation d'objets)
- Le stim sert deux fonctions : régulation sensorielle (TSA) ET recherche de stimulation (TDAH)
- Suppression du stim → surcharge plus rapide dans les deux directions
Différences entre hommes et femmes
AuDHD chez les hommes
Manifestations typiques :
- Traits autistiques souvent plus visibles (comportements atypiques détectés plus tôt)
- Hyperactivité externalisée — agitation physique, prise de risques
- Intérêts spéciaux socialement "acceptés" (tech, jeux vidéo, collections)
- Diagnostic TDAH souvent posé en premier dans l'enfance
- Masking social moins développé → signes autistiques plus repérés
AuDHD chez les femmes
Manifestations typiques :
- Double masking intense — compense les deux troubles simultanément
- Diagnostic souvent très tardif (30-50 ans), parfois après burnout ou dépression
- Hyperactivité internalisée — anxiété, pensées en boucle, agitation mentale
- Étiquettes erronées fréquentes : borderline, anxiété généralisée, dépression
- Épuisement chronique dû au masking social permanent (coût double)
- Intérêts spéciaux parfois considérés "normaux" (psychologie, animaux, littérature)
Le piège du diagnostic partiel
Beaucoup de femmes AuDHD reçoivent d'abord un diagnostic unique (TDAH seul ou TSA seul), car le masking croisé rend la deuxième condition invisible. Si l'un des deux diagnostics ne suffit pas à expliquer l'ensemble du vécu, il est pertinent d'explorer l'autre piste.
Évolution de l'AuDHD selon l'âge
AuDHD dans l'enfance (3-12 ans)
Signes caractéristiques :
- En classe : alterne entre rêverie (inattention TDAH) et fixation intense sur un sujet (intérêt spécial TSA)
- Socialisation : veut jouer avec les autres mais ne comprend pas les règles implicites, puis s'énerve ou se retire
- Comportement : crises de colère apparemment "disproportionnées" (meltdowns) — souvent confondues avec des caprices
- Sensorialité : difficultés alimentaires, intolérance aux vêtements, mais aussi recherche de sensations fortes
- Diagnostic : souvent diagnostiqué TDAH uniquement à cet âge — l'autisme est repéré plus tard
AuDHD à l'adolescence (12-18 ans)
Défis spécifiques :
- Identité : sensation profonde de "ne rentrer dans aucune case", même au sein des groupes de neuroatypiques
- Masking : apprentissage conscient du camouflage social, coût énergétique croissant
- Scolarité : résultats en dents de scie — brillant dans les matières d'intérêt, catastrophique dans les autres
- Émotions : dysrégulation émotionnelle intense, risque de diagnostics erronés (borderline, bipolarité)
- Épuisement : premiers burnouts autistiques possibles, souvent étiquetés "dépression" ou "paresse"
AuDHD à l'âge adulte
Réalités quotidiennes :
- Travail : excellent dans les domaines de passion, en difficulté avec la bureaucratie, les réunions et le multitasking
- Organisation : oscille entre systèmes ultra-rigides et chaos total — aucun juste milieu stable
- Relations : partenaires parfois déstabilisés par les besoins contradictoires (intimité intense puis besoin de solitude)
- Burnout : risque élevé de burnout autistique, aggravé par l'impulsivité TDAH qui pousse à en faire trop
- Diagnostic tardif : beaucoup d'adultes découvrent leur double profil après 30 ans, souvent après un événement déclencheur (burnout, parentalité, crise de vie)
Diagnostic : le parcours du combattant
Un diagnostic notoirement difficile
Obtenir un double diagnostic TDAH + TSA est significativement plus complexe qu'obtenir l'un ou l'autre séparément. Le masking croisé, le manque de formation des cliniciens, et l'héritage de la règle d'exclusion du DSM-IV contribuent à un parcours souvent long et frustrant.
Prise de conscience initiale
Souvent déclenché par un auto-questionnement (contenu en ligne, témoignages de pairs, diagnostic d'un enfant ou d'un proche) ou un événement de vie (burnout, dépression résistante, échec relationnel répété). Le premier pas est de consulter un professionnel ouvert à l'hypothèse du double profil.
Évaluation spécialisée
Idéalement par un clinicien formé aux deux troubles. L'évaluation inclut : anamnèse développementale détaillée, questionnaires standardisés pour le TDAH (DIVA, ASRS) ET le TSA (ADOS-2, ADI-R, AQ), et évaluation neuropsychologique. Le clinicien doit comprendre comment le masking croisé peut fausser les résultats des tests standardisés.
Diagnostic différentiel approfondi
Exclure les conditions qui peuvent mimer le profil AuDHD : trouble bipolaire (alternance d'états), trouble borderline (dysrégulation émotionnelle), anxiété généralisée, haut potentiel intellectuel avec ennui, ou trouble de l'attachement. Un bon diagnostic différentiel prend du temps — c'est normal.
Confirmation et plan d'accompagnement
Si le double profil est confirmé, un plan d'accompagnement intégré est élaboré. Attention : les stratégies pour le TDAH seul ou le TSA seul ne fonctionnent pas toujours pour l'AuDHD — elles doivent être adaptées aux besoins contradictoires de la personne.
Délais moyens en France
Le délai moyen pour un diagnostic adulte de TSA en France est de 12 à 24 mois en CRA (Centre Ressources Autisme). En libéral, comptez 3 à 12 mois selon la région. Pour un double diagnostic TDAH + TSA, ajoutez souvent un second parcours diagnostique si le premier n'a exploré qu'un seul trouble.
Comorbidités fréquemment associées
Au-delà de la co-occurrence TDAH + TSA, les personnes AuDHD présentent souvent des conditions supplémentaires. La charge cumulée de ces comorbidités explique en partie l'intensité du vécu AuDHD.
Anxiété
50-70% des personnes AuDHD
L'anxiété est quasi-systématique. Elle résulte de la combinaison : imprévisibilité (TDAH) + besoin de contrôle (TSA) + fatigue sociale + surcharge sensorielle.
Dépression / Burnout autistique
40-60%
Le burnout autistique est particulièrement fréquent et sévère chez les AuDHD : l'impulsivité TDAH pousse à en faire trop, le besoin de routine TSA empêche de s'adapter, l'effondrement est brutal.
Troubles du Comportement Alimentaire
20-35%
Sélectivité alimentaire (TSA) + oubli de manger ou alimentation impulsive (TDAH). L'ARFID (restriction alimentaire évitante) est particulièrement courant.
Troubles du sommeil
60-80%
Cerveau qui ne "s'éteint pas" : pensées en boucle (TSA), agitation mentale (TDAH), sensibilité aux stimuli nocturnes. L'insomnie chronique est très courante.
Troubles Dys
20-40%
Dyslexie, dyspraxie et dyscalculie sont plus fréquentes quand TDAH et TSA coexistent. Le profil cognitif hétérogène est la norme, pas l'exception.
Dysrégulation émotionnelle
70-90%
Pas une comorbidité à proprement parler mais un trait central de l'AuDHD. Intensité émotionnelle extrême, RSD (sensibilité au rejet), meltdowns et shutdowns fréquents.
Chercheurs et experts reconnus
La recherche sur la co-occurrence TDAH + TSA est un domaine en plein essor. Voici les scientifiques qui ont le plus contribué à notre compréhension actuelle du profil AuDHD.
Pr. Richard Delorme
Pédopsychiatre, chercheur françaisChef du service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, Hôpital Robert-Debré (Paris, AP-HP)
Le Pr. Delorme dirige l'une des plus importantes unités françaises de recherche sur les troubles neurodéveloppementaux. Ses travaux sur les bases génétiques partagées entre TDAH et TSA ont contribué à comprendre pourquoi ces deux conditions coexistent si fréquemment.
Pr. Meng-Chuan Lai
Psychiatre, neuroscientifiqueCentre for Addiction and Mental Health (CAMH), Université de Toronto
Le Pr. Lai est l'un des chercheurs les plus cités au monde sur l'interaction TDAH-autisme. Ses travaux de neuroimagerie ont montré que le profil cérébral des personnes avec les deux conditions diffère à la fois du TDAH seul et du TSA seul, suggérant une entité distincte.
Pr. Emily Simonoff
Pédopsychiatre, chercheuseKing's College London, Institute of Psychiatry, Psychology & Neuroscience
Les travaux épidémiologiques de la Pr. Simonoff ont été parmi les premiers à quantifier la fréquence réelle de la co-occurrence TDAH + TSA dans des cohortes populationnelles, démontrant que le chevauchement n'est pas un artefact clinique mais une réalité neurobiologique.
Pr. Nanda Rommelse
Neuropsychologue, chercheuseRadboud University Medical Center, Nimègue (Pays-Bas)
La Pr. Rommelse a proposé un modèle influent de "continuum partagé" entre TDAH et TSA, suggérant que les deux conditions partagent des racines génétiques et neurobiologiques communes plutôt que d'être des entités totalement séparées.
Accompagnement adapté à l'AuDHD
Principe fondamental
Les stratégies conçues pour le TDAH seul ou le TSA seul peuvent être contre-productives pour une personne AuDHD. Un accompagnement efficace doit prendre en compte les besoins contradictoires et proposer des solutions flexibles, pas rigides.
Approches thérapeutiques
- TCC adaptée : thérapie cognitivo-comportementale modifiée pour intégrer les besoins sensoriels et les particularités de traitement de l'information
- Psychoéducation : comprendre le fonctionnement AuDHD est thérapeutique en soi — réduire la culpabilité, normaliser le vécu
- Thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT) : particulièrement adaptée pour naviguer les paradoxes AuDHD
- Ergothérapie : stratégies sensorielles et d'organisation du quotidien
- Groupes de pairs : le soutien entre personnes AuDHD est souvent plus efficace que la thérapie traditionnelle
Considérations médicamenteuses
- Méthylphénidate (Ritaline, Concerta) : traitement TDAH le plus courant. Peut aider la concentration et l'impulsivité, mais certains AuDHD rapportent une augmentation de l'anxiété ou une perte de créativité
- Atomoxétine (Strattera) : alternative non-stimulante, parfois mieux tolérée en présence d'anxiété autistique
- Ajustement délicat : les AuDHD sont souvent plus sensibles aux médicaments (sensibilité sensorielle étendue à la pharmacologie). Doses de départ très faibles recommandées
- Suivi rapproché : les effets secondaires peuvent être différents de ceux observés chez les TDAH "purs" — le suivi doit en tenir compte
- Pas de médication pour l'autisme : il n'existe pas de traitement médicamenteux pour le TSA en tant que tel — seules les comorbidités sont traitées
Stratégies pour la vie quotidienne
- Routines flexibles : ni rigides (frustration TDAH) ni absentes (anxiété TSA). Créer un cadre avec de la souplesse à l'intérieur
- Environnement sensoriel maîtrisé : un "safe space" sensoriel à la maison, avec possibilité de stimulation contrôlée (casque, éclairage, textures)
- Gestion de l'énergie : apprendre à identifier ses limites AVANT l'effondrement. La "théorie des cuillères" adaptée au double profil
- Body doubling : travailler en présence silencieuse de quelqu'un, efficace pour surmonter l'inertie tout en réduisant l'isolement
- Outils numériques : alarmes, rappels, listes visuelles — mais accepter qu'aucun système ne sera parfait longtemps (et c'est OK)
Vie professionnelle
- Environnements idéaux : métiers combinant expertise approfondie (TSA) et variété (TDAH) — recherche, création, tech, artisanat spécialisé
- Aménagements : télétravail partiel, casque anti-bruit, horaires flexibles, communication écrite plutôt qu'orale quand possible
- RQTH : en France, le double profil est un motif légitime de reconnaissance comme travailleur handicapé, ouvrant droit à des aménagements
- Points de vigilance : surengagement (TDAH) + perfectionnisme (TSA) = risque élevé de burnout. Apprendre à poser des limites
- Force du profil : pensée originale, capacité d'hyperfocus, résolution créative de problèmes, honnêteté et loyauté
Consulter un spécialiste
Pourquoi consulter pour un bilan AuDHD ?
Si vous vous reconnaissez dans les descriptions ci-dessus — et surtout dans les paradoxes et conflits internes — il peut être pertinent de consulter un professionnel formé à la co-occurrence TDAH + TSA. Un diagnostic complet permet d'adapter les stratégies d'accompagnement, d'accéder aux aménagements (RQTH, aménagements scolaires) et, surtout, de cesser de se blâmer pour un fonctionnement qui a une explication neurologique.
Psychiatre spécialisé neurodéveloppement
Le spécialiste idéal pour l'AuDHD. Peut poser les deux diagnostics et prescrire un traitement médicamenteux si nécessaire. Cherchez un praticien formé à la fois au TDAH et au TSA.
CRA (Centre Ressources Autisme)
Structure publique de référence pour le diagnostic TSA. Gratuit mais délais longs (12-24 mois). Certains CRA évaluent aussi le TDAH en parallèle, d'autres non.
Neuropsychologue
Réalise le bilan neuropsychologique qui éclaire le profil cognitif. Important pour objectiver les forces et faiblesses spécifiques au double profil.
Médecin traitant
Porte d'entrée du parcours. Peut orienter vers les spécialistes et assurer la coordination du suivi. Demandez une lettre de recommandation mentionnant les deux hypothèses.
Prendre rendez-vous
Conseils pour la consultation
Préparez votre visite
- Listez vos difficultés ET vos forces
- Notez les paradoxes que vous vivez au quotidien
- Demandez des témoignages à vos proches (enfance et aujourd'hui)
- Apportez les bulletins scolaires si disponibles
Délais d'attente
- CRA : 12-24 mois (variable selon la région)
- Psychiatre libéral : 3-12 mois
- Neuropsychologue : 1-4 mois
- Généraliste (orientation) : quelques jours
Coûts et remboursement
- CRA : gratuit (service public)
- Psychiatre secteur 1 : remboursé Sécu
- Psychiatre secteur 2 : dépassements possibles
- Neuropsychologue : 200-600€ le bilan (non remboursé sauf mutuelles)
Documents à apporter
- Carte Vitale et attestation mutuelle
- Bulletins scolaires / livrets d'évaluation
- Bilans précédents (psy, neuropsy, orthophonie)
- Liste de vos questionnements et observations
Bibliographie scientifique
"Entre 50 et 70 % des personnes autistes remplissent également les critères du TDAH, et 20 à 50 % des personnes avec TDAH présentent des traits autistiques significatifs."
Rommelse et al. (2010) — DOI: 10.1007/s00787-010-0144-4Les informations de cet article s'appuient sur la recherche scientifique internationale spécialisée dans la co-occurrence TDAH + TSA :
- Rommelse, N. N. J., Franke, B., Geurts, H. M., Hartman, C. A., & Buitelaar, J. K. (2010). Shared heritability of attention-deficit/hyperactivity disorder and autism spectrum disorder. European Child & Adolescent Psychiatry. DOI: 10.1007/s00787-010-0144-4
- Lai, M.-C., Kassee, C., Besney, R., et al. (2019). Prevalence of co-occurring mental health diagnoses in the autism population: a systematic review and meta-analysis. The Lancet Psychiatry. DOI: 10.1016/S2215-0366(19)30289-5
- Antshel, K. M., Zhang-James, Y., Wagner, K. E., Ledesma, A., & Faraone, S. V. (2016). An update on the comorbidity of ADHD and ASD: a focus on clinical management. Expert Review of Neurotherapeutics. DOI: 10.1080/14737175.2016.1170744
- Leitner, Y. (2014). The co-occurrence of autism and attention deficit hyperactivity disorder in children – what do we know? Frontiers in Human Neuroscience. DOI: 10.3389/fnhum.2014.00268
- Hours, C., Recasens, C., & Baleyte, J.-M. (2022). ASD and ADHD Comorbidity: What Are We Talking About? Frontiers in Psychiatry. DOI: 10.3389/fpsyt.2022.837424
L'expérience sociale AuDHD
La vie sociale AuDHD est un exercice d'équilibriste constant entre le besoin de connexion et l'épuisement qu'elle génère.
Communication
Relations